
Kerfank 1870

Exposition
Sillé-le-Guillaume
Le 19 juillet 1870, l’empereur Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. Il ne se méfie pas de l’habile
piège que lui a tendu le ministre-président prussien Otto Von Bismarck.
Bismarck a pour ambition d’unifier le peuple allemand.
Rien ne vaut un conflit pour unifier une nation et il vaut mieux être agressé qu’agresseur.
Au moment ou l’empereur plonge le pays dans le conflit, les forces françaises sont bien inférieures en nombre
et en équipement, aux forces prussiennes.
Dès le mois d’août, les unités françaises sont battues à de nombreuses reprises sur le front de l’est, elles
sont encerclées et lourdement défaites le 2 septembre à Sedan où l’empereur est contraint de capituler.
A Paris, le 4 septembre 1870, 12 membres du corps législatif proclame la troisième République.
Le 19 septembre, Paris est encerclée. Depuis Tours où le gouvernement s’est réfugié, Léon Gambetta, ministre
de l’intérieur et de la guerre, proclame la guerre à outrance. Des armées régionales sont alors constituées pour venir en soutien de l’armée d’active.
Un député du Finistère, Émile de Kératry, propose à Léon Gambetta de rassembler les forces mobilisables 5 départements formant la Bretagne ainsi que de la Mayenne et de la Sarthe. Son ambition est d’aller soutenir la ville de Paris alors encerclée. Les hommes des deux départements de la Mayenne et de la Sarthe lui sont finalement refusés.
Le 22 octobre 1870, Émile de Kératry est nommé général de division, commandant les forces de l’ouest qui prendront le nom d’armée de Bretagne.
Cette armée représente un potentiel de 80 000 hommes. Hommes qu’il va falloir rassembler d’en former des soldats.
De Kératry a toujours envisager de créer un camp au Mans, car la ville dispose d’importantes infrastructures
routières et ferroviaires et serait un efficace rempart à une armée prussienne qui voudrait envahir la Bretagne.
Mais cela lui est refusé, car le Mans ne serait pas défendable. Il doit alors rapidement trouver un autre lieu pour établir son camp.
Émile de Kératry se rappelle le village de Conlie où il est passé à de nombreuses reprises en train.
Conlie c’est 1720 habitants. C’est là qu’il décide d’établir son camp.
Il est à Conlie le 23 novembre. Le 24, il est à Laval où il installe provisoirement son quartier général et appelle à ses côtés, Armand Rousseau, ingénieur au port de Brest. Il lui confie l’organisation des travaux de génie du camp. Ils sont ensemble à Conlie le 25 octobre. Le 26, alors que de Kératry part faire le tour des grandes villes de Bretagne pour recruter les instructeurs de son armée, Armand Rousseau est à Conlie. Il y recrute jusqu’à 1500 ouvriers. Tout est à faire.
La superficie du camp représentera environ 500 hectares.
Pour y arriver, il faut abattre des arbres, déraser des haies, empierrer des routes, mais aussi construire des voix
de garage et un quai de déchargement pour les marchandises qui arriveront toutes de Bretagne, construire
un pont en bois de sept mètres de largeur enjambant la voie ferrée et établir deux retranchements (des redoutes).
De Kératry inspecte les travaux le 4 novembre. Les premiers hommes arrivent dès le 6 novembre, ils sont déjà plus de 6 000.
En Bretagne, la mobilisation est forte.
Chaque jour, des hommes débarquent en gare de Conlie. Le 22 novembre, un mois après la création de
cette armée, ils sont déjà 25 500 hommes dans le camp.
L’organisation de l’armée de Bretagne est construite sur un modèle administratif et non militaire.
Ainsi, chaque département constitue une brigade, chaque arrondissement une légion, chaque canton un bataillon et chaque commune une compagnie.
Émile de Kératry a obtenu tous pouvoirs. L’armée de Bretagne n’a aucun compte à rendre au ministère.
Mais l’organisation fait défaut.
Pendant que les hommes débarquent à Conlie, les recruteurs-instructeurs sont toujours en Bretagne.
Les hommes présents à Conlie ne suivent aucune formation militaire.
Les armes promises n’arrivent pas ou si peu, celles qui arrivent sont souvent en mauvaises état, or il n’y a pas d’armuriers au camp. Les munitions ne sont pas toujours du bon calibre. Les hommes se désespèrent d’aller un jour au front.
Les journées sont uniquement occupées par de pénibles corvées, dont la principale est
d’aller loin chercher l’eau à la source au moyen de petits contenants.
Aucun point d’eau n’est présent en effet dans l’enceinte du camp et la canalisation qui doit faire parvenir l’eau au centre du camp n’est pas encore achevée.
Les conditions d’hébergement sont précaires. Les hommes couchent sous la tente, sur la paille. Pour tout compliquer, la saison est rude. Il fait froid, très froid, il pleut beaucoup et souvent même, il neige. La pluie tombe sur un sol argileux. Les terres nouvellement modelées et le piétinement des milliers d’hommes, transforment le camp en bourbier que les soldats nomment Kerfank, « Ville de la boue » en Breton.
Le 24 novembre, il est demandé à de Kératry de faire partir une division de marche en direction de l’est du département. Ces hommes arrivent en gare du Mans en train et rejoignent leur bivouac à Yvré l’Évêque, à 8 kilomètres à l’est du Mans, à pied. C’est également à pied qu’ils partent au devant de l’ennemi, tirant eux-mêmes les pièces d’artillerie, faute d’harnachements pour les chevaux, chevaux qui sont restés au camp.
Mais ils entrent dans le bourg de Bouloire trop tard, l’ennemi est déjà reparti. Ils sont contraints de rentrer au campement, toujours à pied. Ce retard est reproché à de Kératry par Gambetta alors présent en préfecture du Mans. L’armée de Bretagne est soudainement placée sous le commandement du général Jaurès, sous l’autorité de l’armée régulière. De Kératry démissionne aussitôt.
Le commandant-en-second, Joseph Marie Le Bouédec assure temporairement le commandement du camp jusqu’à
l’arrivée, le 9 décembre, du général Henri Delacoux de Marivault-Emeriau, commandant de vaisseau dans la Marine Nationale
.
A son arrivée à Conlie, de Marivault est frappé par l’état du camp et l’inactivité des hommes.
Il n’a dès lors qu’une idée en tête : procéder dès que possible et malgré les consignes ministérielles
à l’évacuation du camp.
Les premiers hommes quittent le camp et rentrent en Bretagne le 12 décembre.
Les départs s’échelonneront jusqu’au 7 janvier.
Les hommes rentrent en train mais également pour certains par leur propres moyens.
Leur arrivée en Bretagne provoque émoi et stupeur dans la population.
Le 10 janvier 1871, le général Alfred Chanzy, commandant en chef de la seconde armée de la Loire, demande que soient envoyés au Mans, en soutient des troupes déjà en position, les derniers hommes présents à Conlie, soit environ 6 000 hommes. Le commandant de Marivault insiste sur leur défaut d’instruction militaire.
Les hommes reçoivent des caisses d’armes qu’ils ne connaissent pas, dont ils savent à peine se servir. A la nuit tombée, lorsque que les prussiens s’avancent vers la position que les Bretons sont censés tenir, ceux-ci ne sont plus présents, un ordre de battre en retraite aurait été donné.
Ce qui créé une brèche par laquelle les Prussiens pénètrent dans la ville. La bataille du Mans est perdue !
Cette défaite sera injustement attribuée au comportement des mobilisés bretons, propos qui seront
ensuite repris à maintes occasions, notamment par Chanzy et Gambetta.
Quelques centaines de Bretons, dont deux compagnies des Cotes du Nord, auront par ailleurs courageusement
combattu sous les ordres du général Auguste Gougeard, qui commandait la division de marche et
qui repris courageusement le plateau de Auvours, à l’est du Mans.
Sur 62 000 hommes venus au camp de Conlie, 143 y seront décédés.
Principalement du fait des maladies sévissant en France à cette époque : variole et fièvre typhoïde. Il faut ajouter à ce nombre tous ceux qui seront décédés auprès du général Gougeard ainsi que tous ceux qui seront décédés à leur retour en Bretagne.
L’armistice sera signé le 28 janvier 1871.
Que reste-il de ce camp de nos jours à Conlie ?
Les deux fermes qui furent réquisitionnées pour accueillir l’état-major et le commissariat aux vivres, les vestiges d’une des deux redoutes, mais également un monument du souvenir et un imposant calvaire au milieu du cimetière.
Mais il existe aussi une association, Kerfank 1870, qui œuvre à la préservation et à la transmission de la mémoire de la guerre de 1870-1871 et tout particulièrement de ce triste souvenir de l’armée de Bretagne et du camp de Conlie.