Correspondances, décrets et proclamations
Alfred Chanzy
(1823-1883)
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Sources :
"La Première armée de la Loire", général d'Aurelle
de Paladines, Paris - Plon - 1872
"La deuxième armée de la Loire", Alfred Chanzy - Paris - Plon
- 1871
Au quartier général de Mézieres, le 8 novembre, dix heures du soir.
Demain, 9 novembre, le 16e corps, pour exécuter l'opération prescrite par l'ordre de mouvement du général en chef, prendra les dispositions suivantes Les hommes devront avoir mangé la soupe à sept heures et demie, de façon que sur toute la ligne on s'ébranle à huit heures précises. Le résultat à atteindre est de débusquer l'ennemi de Charsonville, Ëpieds, Coulmiers, Saint-Sigismond, et de prononcer sur la gauche un mouvement tournant, de façon à venir occuper solidement, à la fin de la journée, la route de Châteaudun à Orléans, en s'avançant le plus possible dans la direction des Barres, tout en tenant toutes les positions qui doivent nous rendre maîtres des bois en avant de Rozières. Le général Reyau, avec ses deux divisions de cavalerie, doit, pendant cette opération, couvrir l'aile gauche de l'armée en se portant dans la direction de Patay, et observer avec soin la direction de Paris, sans perdre de vue celle de Châteaudun, pour éviter toute surprise de ce côté. Les francs-tireurs du lieutenant-colonel Lipowski et du commandant de Foudras ont recu l'ordre de reconnaître, dès la pointe du jour, Tournoisis et Saint-Péravy; ils concourront au rôle de la cavalerie, et seront pendant tout le mouvement aux ordres du général Reyau.
La 1e brigade de la division Barry marchera par Champdry et Villorceau sur Coulmiers, qu'elle devra enlever en tournant le Grand-Lus, qui doit être attaqué par des troupes du 15e corps elle aura avec elle deux des batteries divisionnaires et la section de mitrailleuses.
La 2e brigade suivra le mouvement à une distance de deux kilomètres avec la 3e batterie de la division et une batterie de 12 tirée de la réserve.
La 2e brigade de la 1e division (général Deplanque), éclairée à sa gauche par les francs-tireurs du commandant Liénard, avec deux batteries d'artillerie et une section de mitrailleuses, marchera sur Charsonville, Epieds, Gémigny, qu'elle devra enlever successivement.
La 1e brigade (général Bourdillon), avec la 3e batterie et une section de mitrailleuses, ne quittera Ouzouer-le-Marché que quand l'autre brigade aura dépassé Charsonville; elle suivra à cette même distance les mouvements de cette dernière. Le rôle de la brigade Bourdillon est de servir de réserve à l'aile gauche de l'armée; le général Reyau devra toujours se relier avec elle.
Le général, commandant le 16e corps, marchera par Charsonville et Ëpieds, entre les deux brigades.
La réserve d'artillerie quittera Chantôme à huit heures, passera par Lormes, Ouzouer, suivra la route par Charsonville en se maintenant à hauteur de la brigade Bourdillon, qui, au lieu de suivre cette route, se prolongera parallèlement en se tenant constamment à un kilomètre sur la gauche.
Les bagages, etc.
Le général commanfant le 16e corps, Signé CHANZY.
Instructions du 17 novembre
Au quartier général deSaint-Peravy, 17 novembre 1870.
Pour l'exécution des ordres du général en chef, en date des 15 et 17 de ce mois, le 16e corps se tiendra prêt à exécuter les mouvements qui se feront le 18 dans la matinée.
La division de cavalerie resserrera ses cantonnements en profitant de ceux abandonnés par la division du 15e corps, partie aujourd'hui pour Saint-Lyé, et les établira entre Tournoisis, Nids, Saint-Sigismond et Coulimelle, sans dépasser ces points extrêmes.
Le général Michel désignera des points de concentration de façon qu'on puisse se rallier rapidement à la moindre alerte, et il s'éclairera sur sa gauche.
Deux batteries d'artillerie à cheval resteront à Tournoisis; les deux autres rejoindront la réserve du 16e corps d'armée à la Haute-Épine. L'ambulance et le convoi de la division de cavalerie seront à Coulimelle.
Le général Michel sera à Coulimelle.
Le 4e de cavalerie légère mixte restera chargé des avant-postes. ll aura un escadron à Villeneuve- sur-Conie, détachant un peloton à Péronville; deux escadrons à Patay, détachant un peloton à Rouvray; un escadron à Brilly, détachant un peloton à l'Encornes.
Sougy étant en avant des positions du 15e corps, sera gardé par les soins de ce corps.
Ces escadrons et ces pelotons seront partout cantonnés dans les fermes, dans les conditions prescrites pour assurer la rapidité des rassemblements en cas d'alerte.1e division d'infanterie (Jauréguiberry). Quartier général à Saint-Péravy.
1e brigade (général Bourdillon).
39e de marche; deux bataillons à Coinces, avec une compagnie à Villardu; un bataillon au Chêne, avec une compagnie à Roumilly; 3e bataillon de marche de chasseurs à pied, entre Saint-Péravy et la ferme du Mesnil; 75e de mobiles, les trois bataillons en avant de Saint-Péravy et à droite de la route de Patay, détachant deux compagnies à Lignerolles.
2e brigade (général Deplanque).
37e de marche; 1e bataillon à Coulimelle; deux bataillons à Saint-Sigismond, avec une compagnie à la Vallée et une à Villarson.
33e de marche ; deux bataillons à Saint-Sigismond, l'autre à Champs.
L'artillerie de la 1e division, une batterie à Coinces ; quatre mitrailleuses à Saint-Përavy ; la 3e batterie à Saint-Sigismond. La réserve d'artillerie et l'ambulance à Saint-Péravy; le convoi à Nuisement.2e division d'infanterie (général Barry). Quartier général à Gémigny.
1e brigade : 7e bataillon de chasseurs à pied à Gémigny ; 31e de marche, les trois bataillons à Rosières, détachant deux compagnies à Coulmiers, une à Banneville et une à Ormeteau.
2e brigade : En avant de Bucy Saint-Liphard, à droite et à gauche de la route qui conduit à Coulmiers. Cette brigade aura deux compagnies à Descures, sur la route de Coulmiers, pour se relier avec la 1e brigade.
Les trois batteries d'artillerie à Gémigny, ainsi que la section de mitrailleuses.
Le convoi et la réserve d'artillerie à Bucy Saint-Liphard, en arrière du village dans la direction des Ormes, sans encombrer la route.
L'ambulance à Bucy Saint-Lipbard.3e division d'infanterie (général Maurandy).
Aux Barres, à droite et à gauche de la route de Châteaudun, en avant du village et face à Saint-Péravy.
L'ambulance, le convoi et l'artillerie de cette division, en arrière du village des Barres, touchant aux dernières maisons du côté d'Orléans.
La réserve d'artillerie du 16e corps à la Haute-Épine, de façon à déboucher facilement et rapidement sur la route de Châteaudun.
Les parcs, le convoi/la réserve en arrière d'Ormes, dans la direction d'Orléans, à droite et à gauche de la route.
L'ambulance aux Barres.Le quartier général du 16e corps à Saint-Péravy.
Le colonel commandant le génie fera étudier, dès demain, les défenses à établir à Coinces, au Chêne, à Saint-Péravy, Coulimelle, Saint-Sigismond, Gémigny et Coulmiers.
L'artillerie étudiera de son côté les meilleurs emplacements pour les batteries sur toute cette ligne de défense. Un rapport sera adressé aussitôt que possible au général commandant le 16e corps.
Toutes les dispositions devront être prises pour que ces travaux puissent commencer dès le lendemain au matin du jour où les troupes auront pris leurs nouvelles positions, et être poussés avec la plus grande rapidité.
Les avant-postes eux-mêmes devront être mis en état de défense, en crénelant les murs des maisons et en élevant des ouvrages en terre.
Les francs-tireurs conserveront les positions suivantes et concourront, avec le régiment de cavalerie du colonel Barbut, au service des avant-postes et des reconnaissances de façon à éclairer le 16e corps le plus loin possible en avant de ses lignes.
Les francs-tireurs de la Sarthe, commandant de Fondras, à Sougy et à Terminiers;
Les francs-tireurs de Paris, lieutenant-colonel Lipowski, à Patay, Rouvray et Guillonville.
Les francs-tireurs de Saint-Denis, commandant Liénard, à Péronville, surveillant toute la ligne de la Conie jusqu'à la hauteur de Varize.
Ces trois groupes de francs-tireurs relèveront, pour tout ce qui est du service des avant-postes, du lieutenant-colonel Lipowski, qui s'entendra lui-même avec le colonel Barbut pour combiner et exécuter les reconnaissances.
Le 15e corps de son côté doit faire les mouvements ci-après :
1e division, à Chevilly et Saint-Lyé.
2e division, entre Gidy et Chevilly, occupant la Provenchère et Huétre.
3e division, entre Gidy et Boulay, occupant Bricy.
La cavalerie du 15e corps à Saint-Lyé.
Le grand quartier général de l'armée de la Loire à Villeneuve-d'Ingré.Le général commandant le 16e corps, Signé : Général Chanzy.
Dépêche du 20 novembre 1870
Le général Chanzy au général d'Aurelle.
Mon général,
J'ai déjà eu l'honneur d'appeler, à diverses reprises, votre attention sur les mouvements que l'ennemi opérait en avant de nous, depuis notre arrivée sur les positions que nous occupons en ce moment.
Une armée qui paraît commandée par le grand-duc de Mecklembourg, ainsi qu'il résulte du document que je vous ai communiqué, et qui serait assez considérable, puisque les renseignements arrivant de divers côtés l'évaluent à soixante ou quatre-vingt mille hommes, s'est portée des environs d'Étampes sur Chartres, en masquant son mouvement par les deux divisions de cavalerie, prince Albrecht et Stolberg.
Aujourd'hui cette armée, qui s'établit solidement à Chartres, a commencé ses opérations vers l'Ouest, sur toute la ligne d'Illiers à Dreux et jusqu'à Évreux, ayant à sa gauche la division de cavalerie du prince Albrecht, qui bat tout le pays en avant de la Conie et de Bonneval, pour contenir les forces que nous avons à Châteandun et dans le Perche, observant ainsi l'aile gauche de l'armée de la Loire, tandis que la division de cavalerie Stolberg, qui parait être restée aux environs de Toury et de Janville, d'où elle opère jusqu'à Orgères, masque tout ce qui se fait le long du chemin de fer d'Orléans à Paris et observe notre aile droite, en attendant sans doute que les renforts venus de l'Est aient mis la seconde armée prussienne, que nous avons devant nous, en mesure d'entreprendre les opérations qu'elle combine, soit sur Orléans, soit sur Nevers.
Telle est l'appréciation que je me fais des dispositions de l'ennemi, d'après les seuls renseignements que j'ai pu recueillir directement, car il ne m'en a été fourni aucun autre jusqu'ici.
Cette appréciation, je crois nécessaire de vous la communiquer, pour que, si vous le jugez convenable, vous puissiez la rectifier dans le cas où elle ne serait point exacte, parce qu'elle domine dans les dispositions que j'ai à prendre pour organiser l'action que le 16e corps doit avoir, soit pour la défensive, soit pour l'offensive.
Cette étude du pays que j'ai devant moi, des positions que j'occupe et des éventualités qui peuveut surgir, m'amène à penser qu'il serait, en toutes circonstances, préférable d'avancer le 16e corps jusqu'à hauteur de Patay, de façon à occuper par notre gauche une partie de la ligne de la Conie que j'ai visitée et qui est incontestablement la meilleure défense de cette contrée.
Nous protégerions ainsi toute la grande route de Châteaudun à Orléans, qui peut seule assurer nos communications avec le 17e corps, nous relier avec les troupes qui sont à Châteaudun et dans le Perche, et nous permettre de couvrir à la fois Orléans, Vendôme, et par suite Blois et Tours, tout en nous reliant avec les forces de l'Ouest, sans cependant nous disséminer, en vue de l'elfort que l'armée ennemie venant d'Étampes pourrait tenter, soit sur notre aile droite, soit sur un point quelconque de notre ligne.
Si vous approuviez ce mouvement, je pourrais pousser mes avant-postes sur la deuxième branche de la Conie, que je ferais occuper par tous mes corps de francs-tireurs et un rideau de cavalerie. de façon que ces avant-postes, se reliant à ceux du 15e corps, poussés sur la ligne d'Artenay et Lumeau, puissent observer et inquiéter les deux communications que les deux armées ennemies cherchent à maintenir par Voves.
Cette disposition réduirait la zone des réquisitions de l'ennemi, le tromperait sur nos véritables intentions, nous éclairerait à forte distance et consoliderait la gauche de l'armée de la Loire, qui occuperait ainsi des positions faciles à défendre et sur lesquelles il importe que l'ennemi ne nous prévienne pas.
Je verrais enfin à cette combinaison un autre avantage nous changerions nos bivouacs et nos cantonnements, devenus inhabitables par suite des boues et du mauvais temps, contre des emplacements plus sains pour les troupes, dont l'état sanitaire laisse à désirer, et nous ménagerions sur nos derrières, dans le cas où nous aurions à nous replier sur les lignes de défense que nous préparons en ce moment, plus d'espace pour les mouvements de nos parcs et de nos convois, qui se trouvent actuellement très agglomérés sur des communications restreintes qu'ils ne manqueraient pas d'obstruer, si nous avions à opérer un mouvement de retraite précipité devant un effort de l'ennemi.
J'ajouterai, en terminant, que ce mouvement en avant, bien que restreint, contribuerait à maintenir chez nos troupes la confiance que leur a donnée la bataille de Coulmiers, et que l'idée d'une offensive peut seule maintenir efficacement.Veuillez agréer, etc.
Signé : Chanzy.
Ordre de marche du 1e décembre 1870
Saint-Péravy, 1e décembre 1870.
Le 16e corps se portera aujourd'hui en avant. Le général Michel réunira à dix heures la division de cavalerie, moins le régiment qui est à Patay, près du hameau de Renneville, et s'avancera jusque sur la route de Patay à Guillonville pour s'établir au bivouac à hauteur de la ferme de Pérolait. La brigade qui est à Tournoisis prendra la direction de Patay, en suivant la route qui passe par le hameau d' Allonne, après avoir rallié tous les postes de cavalerie en avant de Tournoisis. Ses deux batteries d'artillerie à cheval marcheront avec cette colonne. Les bagages, les convois et la réserve d'artillerie de la division suivront la route de Saint-Péravy à Patay par Lignerolles, et devront partir exactement à dix heures pour s'installer entre Patay et le bivouac de la cavalerie, à droite et à gauche de la route.
Le bataillon de chasseurs qui est à Tournoisis quittera ce village avec la brigade qui s'y trouve, et suivra la même route par Allonne, pour rejoindre sa division.
L'amiral Jauréguiberry réunira la première division d'infanterie à Lignerolles, et laissant Patay a sa gauche, ira s'établir à Terminiers. Tout le matériel roulant de cette division sera dirigé sur Rouvray Sainte-Croix, en prenant, s'il est praticable, le chemin de traverse qui de Lignerolles va aboutir à Moret, en arrière de Rouvray.
La 2e division se réunira à Pezelle, passera par le Chêne, Coinces, Brilly, l'Encornes, et établira son centre à la Borde-Martin, ayant une brigade à droite et à gauche de cette ferme, en avant de la route de Terminiers à Sougy.
Le général Barry fera reconnaître de suite les chemins que son artillerie, son ambulance et son convoi pourraient prendre pour aller s'établir à l'Encornes. Ce matériel ne suivrait la route de Patay, déjà encombrée, que dans le cas où les autres chemins seraient impraticables ou trop fatigants pour les attelages.
La 3e division, réunie a Bricy, passera par Huêtre et Trogny, pour s'établir à droite de Sougy, le long de l'ancienne route de Chartres.
L'artillerie, l'ambulance et le convoi de cette division suivront la même route et s'établiront, l'ambulance et le convoi à Huêtre, l'artillerie à Trogny.
La réserve d'artillerie quittant la Haute-Epine à onze heures, après avoir fait reconnaître la route de Coinces par le Chêne, prendra de préférence cette route pour venir s'établir à Lignerolles. Si ce chemin est trop mauvais, elle passera par Saint-Péravy.
L'ambulance du quartier général et le grand parc se dirigeront par les Barres, Boulay, sur Bricy et Coinces, ou ils bivouaqueront. Toutefois, si le parc peut de Bricy gagner Huêtre par un chemin suffisamment bon, il s'établira à Huêtre de préférence à Coinces, et rendra compte au général commandant le 16e corps.
Les bagages et le convoi du quartier général passant par Saint-Péravy et Lignerolles, iront s'établir en deçà de Patay, en s'engageant dans le faubourg de cette ville ;
Le quartier général du 16e corps à Patay ;
Le quartier général de la cavalerie à Muzelles ;
Le quartier général de la 1e division à Terminiers ;
Le quartier général de la 2e division à Rouvray Sainte-Croix ;
Le quartier général de la 3e division à Sougy.
Les divisions marcheront le plus possible dans l'ordre adopté au 16e corps, c'est-à-dire en lignes de bataillons en colonne à distance de déploiement, l'infanterie à travers champs, l'artillerie autant qu'elle le pourra sur les routes et les chemins.
On prendra au bivouac les mesures nécessaires pour se garder à bonne distance.
Chaque division fera faire en avant de son front des reconnaissances qui ne rentreront que quand la division tout entière sera établie au bivouac.
Le général Michel devra faire reconnaître tout le pays entre la route de Châteaudun à Janville et la position qu'il occupe, en portant son attention principalement sur Guillonville, Orgères, Loigny et Lumeau.
Les francs-tireurs du colonel Lipowslti iront coucher ce soir à Lignerolles l'escadron d'éclaireurs aux Échelles en avant de Terminiers. Les deux sections de montagne marcheront avec l'artillerie de la le division jusqu'à ce que les francs-tireurs aient repris leurs positions en avant des lignes.
Lettre - 1e décembre 1870
(Aurelle_281)
Le général Chanzy au général d'Aurelle.
Quartier général de Saint- Péravy, 1e décembre 1870.
Mon général, Je vous ai adressé cette nuit l'ordre qui contient mes instructions au sujet du mouvement que le 16e corps doit exécuter aujourd'hui pour commencer l'opération arrêtée hier. Je vous ai fait observer que sa marche sur Pithiviers, à l'aile gauche de l'armée, pouvait être retardée par les tentatives que l'ennemi ne manquerait pas de faire sur notre gauche.
Les reconnaissances poussées ce matin en avant de Patay constatent que les forces prussiennes signalées hier se seraient maintenues et même renforcées de Péronville jusqu'à Terminiers par Pruneville, Guillonville et Gommiers, masquant d'autrès forces plus considérables que l'on dit être à Villepion, Loigny et Orgères.Afin d'assurer mon installation ce soir au nord-est de Patay, de Terminiers à Sougy, je fais couvrir le mouvement d'ensemble du 16e corps par la 1e division et la cavalerie, qui, avant de s'installer dans les bivouacs qui leur ont été assignés, reconnaîtront l'ennemi à Pruneville, à Guillonville et Gommiers, avec l'ordre de le déloger s'il fait mine de vouloir y rester.
Si l'ennemi résiste aujourd'hui et si nous le délogeons de ses positions, il est probable qu'il se retirera sur celles d'Allaines, Janville et Toury, où il a préparé des défenses, et il me paraîtrait imprudent de marcher directement sur Artenay et Santilly, sans l'avoir forcé à quitter les positions que je viens d'indiquer et d'où, s'il s'y maintenait, il pourrait menacer sérieusement notre gauche, et peut-être tomber sur nos derrières, s'il était en force de ce côté, ou s'il appelait à lui des renforts qui bien certainement doivent exister dans cette direction.
Je crois donc qu'il est prudent que le 16e corps remonte par Loigny, Tillay-Ie-Peneux jusqu'à Allaines, Janville et Toury, que le 17e corps établisse sa gauche à la Conie, sur la ligne de Patay et Sougy, et que le 15e corps se porte demain sur Santilly par Dambron, de façon à s'établir en avant de Santilly, en avançant sa droite sur Ruan et Aschères-le-Marcbé.
Si le 16e corps peut enlever demain Allaines, Janville et Toury, il pourrait s'établir à la fin de la journée le long du chemin de fer d'Orléans à Ëtampes, en couvrant sa gauche par une division et la cavalerie.
Après-demain, il marcherait sur Pithiviers, d'après les instructions que vous me donneriez pour me relier avec le 15e corps, qui, dans ce mouvement, me paraît devoir appuyer sur sa gauche, de façon à être en mesure de prêter son concours au 16e corps, le plus exposé dans cette marche aux tentatives que pourrait faire l'ennemi.
Dès lors, le 17e corps devrait suivre le mouvement général et venir s'établir derrière nous, perpendiculairement au chemin de fer d'Etampes, en avant d'Artenay, de façon à agir comme réserve, si cela était nécessaire, tout en couvrant Orléans.
Signé : Général Chanzy.
Instructions du 1e décembre 1870
(Aurelle_301)
Patay, 1e décembre 1870.
Le 16e corps a su aujourd'hui, comme à Vallière et à Coulmiers, s'acquitter de sa tâche avec vigueur et entrain. Les résultats sont tels qu'on pouvait l'espérer : nous couchons au delà des positions 302 d'abord assignées. L'ennemi, partout repoussé, paraît opérer sa retraite dans la direction de Janville et de Toury. Il s'agit de le poursuivre vigoureusement.
Nos positions ce soir sont : le quartier général de la 1e division au château de Villepion ; la le brigade à Nonneville ; la 2e à Faverolles ; le général Barry à Terminiers avec la 2e brigade de la 2e division ; la 1e en réserve en avant de Muzelles ; la 3e division à Sougy ; la division de cavalerie en arrière de Muzelles, ayant une brigade à l'ouest de la route de Patay à Guillonville, pour observer dans la direction de Bazoches et de la Conie.
La réserve d'artillerie à droite de Patay et en avant de la route de Rouvray; le parc d'artillerie à Coinces; les bagages, le convoi de la cavalerie et celui du quartier général, arrêtés pendant le combat en arrière de Patay.
Le quartier général du commandant du 16e corps à Patay. La brigade de Jancigny du 17e corps, à l'ouest et à hauteur de Patay. Le reste du 17e corps arrivera ce soir à Saint-Péravy. Les francs-tireurs Lipowski, poussés cette nuit sur Bourneville pour y surprendre un détachement ennemi, devront revenir prendre position à Guillonville, où ils se trouveront demain matin.
Les directions importantes à observer cette nuit et à reconnaître demain au jour, sont celles d'Orgères, de Villerand, de Loigny et Lumeau.
La 3e division, partant demain à quatre heures de Sougy, viendra s'établir à Terminiers, où elle devra être rendue au jour et attendre des ordres.
La 2e division, portant demain sa 1e brigade sur la route de Terminiers à Gommiers, marchera sur Loigny.
La division de cavalerie, partant de Muzelles, marchera par Gommiers, Nonneville, dans la direction d'Orgères, en débordant la gauche de la 2e division pour tourner Orgères si l'ennemi l'occupe, et venir s'établir sur la route de Châteaudun à Janville ou par Villerand sur la Maladerie, si Orgères et ce dernier point ne sont pas occupés, pour se redresser ensuite sur la route de Janville, et couvrir la gauche du mouvement. Une brigade sera laissée en arriére, de façon a suivre le reste de la division, à une distance de trois kilomètres, et à continuer d'observer les derrières et la route de Cormainville.
La le division d'infanterie, réunie à hauteur du château de Villepion, formera la réserve et suivra les mouvements de la 2e division a une distance de deux kilomètres.
De Loigny, si elle n'est pas attaquée du côté d'Orgères et de la Maladerie, la 2e division marchera sur Tillay-Ie-Peneux, qu'elle devra enlever lorsque la 1e division sera à hauteur de Loigny. La 3e division se mettra en mouvement de Terminiers sur Lumeau et Baigneaux.
La brigade du 17e corps, qui est à Patay, ira prendre position à Terminiers. Les divisions devront marcher dans le même ordre qu'aujourd'hui, les deux brigades de la 1re prenant une disposition en échelons; l'escadron des éclaireurs qui est aux Échelles, prévenu par le général Maurandy, éclairera la marche de la 3e division, sur Lumeau et Santilly. Les francs-tireurs du colonel Lipowski, ralliés par ceux du commandant de Foudras, appuieront à gauche le mouvement de la cavalerie, se portant, suivant le cas, soit sur Orgères, soit sur Villerand.
Le résultat à atteindre serait de s'établir demain soir :
La 2e division à Toury, la 1e en avant de Janville ; la division de cavalerie au Puiset ; la 3e' division à Poinville; les bagages et le convoi de la 3e division s'engageront deux heures après le départ de cette division de Sougy, par la Borde-Martin, sur le chemin de Blois, ancienne voie romaine, s'il est praticable, pour gagner Baigneaux.
Le matériel roulant de la 2e division par Rouvray, Terminiers, Faverolles et Loigny.
La réserve d'artillerie de Patay par Rouvray, Terminiers et Neuvilliers, précédant les convois.
Les bagages et le convoi du quartier général par Terminiers sur Lumeau, les ambulances marchant en tête des divers convois.
Les parcs de Coinces par Brilly, l'Encornes et Sougy, si la route est praticable, ou par Lignerolles, Patay, Rouvray et Terminiers, dans le cas où ils ne pourraient suivre la première direction.
Le général commandant le 16e corps d'armée suivra le mouvement en arrière de la 2e division, et à hauteur de la lere. Si on peut arriver sur les positions indiquées, son quartier général sera à Poinville.
Les divers mouvements des divisions commenceront à huit heures pour la 2e, sur laquelle les autres se baseront d'après les indications données ci-dessus.
Les bagages de la 1e division suivront les bagages du quartier général.
Lettre - 2 décembre 1870
(Aurelle_317)
Le général Chanzy au général d'Aurelle.
Terminiers, 2 décembre 1870.
Mon général,
Après un beau succès hier, nous avons quitté ce matin les positions conquises à Terminiers, Faverolles, Villepion et Nonneville, pour nous porter sur Janville et Toury.
Nous avions enlevé Loigny et le château de Goury, et nous avancions sur Bazoches et Lumeau, lorsque les divisions engagées se sont repliées, sur les positions quittées le matin, devant des forces considérables et devant une nombreuse artillerie arrivant du Nord et de l'Est.
Tout le 16e corps étant alors engagé, et l'ennemi menaçant ma gauche, j'ai dû faire prévenir le général de Sonis, qui est arrivé vers quatre heures de Patay, avec ce qu'il avait de son corps d'armée.
Avec ce renfort, nous pûmes reprendre l'offensive et nous reporter au delà de Loigny. Malheureusement le général de Sonis a été blessé et ses troupes se sont repliées. La nuit venait, nous avons été obligés de nous retirer devant un effort très vigoureux de l'ennemi, et nous venons d'arriver : la 1e division du 16e corps et une partie du 17e à Terminiers, la 2e division du 16e corps et la division de Flandres autour de Gommiers, le général Roquebrune (du 17e corps) à Frécul.
Je suis sans nouvelles du général Maurandy, qu'on me dit en retraite au delà de Sougy. Je ne sais encore ce qu'est devenu le général de Sonis. Le général Deplanque a été blessé. Nous avons de grandes pertes; beaucoup de troupes ont quitté le champ de bataille en désordre; presque toutes les munitions sont brûlées.
Je redoute une attaque pour cette nuit ou pour demain matin. Dans l'état moral où se trouvent les troupes, je crois indispensable que le 15e corps appuie sur nous, et que l'ennemi entende le canon sur ses derrières dès le jour.
Je ferai tout pour reprendre l'offensive, mais un secours m'est indispensable. Je vous prie de me faire parvenir vos ordres avant le jour à Terminiers où je suis, et de me dire si je puis compter sur une diversion du 15e corps.
Je crois que nous avons devant nous toutes les forces ennemies accourues pour nous écraser. La partie se jouera par ici.
Veuillez agréer, etc
Signé Chanzy.
Au quartier général de Huisseau, le 4 décembre 1870.
Les premiers ordres donnés ce matin indiquaient aux 16èmes et 17ème corps une ligne de retraite sur Beaugency ; des ordres nouveaux parvenus au général commandant ces corps à 1h, prescrivaient de se diriger sur Orléans, pour occuper les positions de défense préparées pour les deux corps d'armée, entre les Barres et la Chapelle Saint-Mesmin.
Le mouvement n'ayant pu s'exécuter qu'après avoir replié les détachements des avants-postes et les troupes attaquées ans Patay par l'ennemi, qui cherchait à tourner notre gauche, les deux corps d'armée ne réussirent pas à déboucher sur Ingré, par les chemins impraticables et insuffisants de la forêt, assez tôt pour prévenir l'ennemi qui s'avançait directement sur Orléans, après avoir forcé les 2ème et 3ème division du 16ème corps à se replier sur Bucy-Saint-Lyphard et Meung. Ils durent dès lors venir prendre position derrière la forêt de Montpipeau, pour couvrir les parcs, les convois et les réserves, engagés sur les routes de Coulmiers et de Baccon.
La position ce soir est la suivante :
La cavalerie entre Rosières et Descures, moins la brigade Tucé, à Huisseau ; la 1ère division du 16ème corps à cheval sur la route du Mans, en arrière de Descures ; la 2ème division du 17ème corps à Baccon ; les deux autres divisions de Huisseau à Montpiteau ; les 2ème et 3ème division du 16ème corps à Meung.
Demain, avant le jour, la cavalerie du Général Michel enverra des reconnaissances jusqu'à Bucy-Saint-Liphard et dans la direction de Gémigny, de façon à reconnaître les positions de l'ennemi. Au jour, toutes les troupes devront être prêtes à se mettre en marche, et cette nuit les convois et tous le matériel roulant de chaque corps devront continuer leur mouvement dans la direction de Baccon, de Josnes et de Beaugency, suivant les positions qu'ils occupent et les instructions que chaque commandant de division devra donner, en ce qui le concerne. La cavalerie du Général Michel, ralliée par la brigade Tucé, se portera en avant de Coulmiers pour observer la gauche, et s'opposer à un mouvement tournant, que l'ennemi ne peut tenter qu'avec des forces peut nombreuses, et auxquelles il importe de s'opposer.
D'après les renseignements reçus cette nuit, il y a lieu d'abandonner la marche sur Orléans et de se retirer sur les positions de Beaugency, Josnes et Lorges, pour s'appuyer l'aile droite à la Loire, et l'aile gauche à la forêt de Marchenoir, dont les débouchés sont occupés par les troupes du 21ème corps.
Ce mouvement de retraite doit se faire lentement, de façon à permettre aux convois de précéder l'armée d'au moins trois lieues dans les directions que doivent suivre les divisions. La cavalerie, se reliant avec la première division de 16ème corps, se retirera par Coulmiers, Villarceau, Champdry, Bizy, Villermain, sur Poisly.
La 1ère division du 16èmecorps par le Grand-Lus, Baccon, Montigny, sur Lorges.
La division de Flandres suivra la même direction, en attendant pour quitter Baccon que la division Jauréguiberry l'ait remplacée sur cette position.
Les deux autres divisions du 17ème corps se dirigeront de Huisseau sur le château de Touane, les Châtres, Cravant et Ourcelles.
Les 2ème et 3ème divisions du 16ème corps, après avoir vu défiler devant elles les convois, les parcs et les réserves venant de Saint-Ay, se mettront en retraite sur Beaugency.
Les divisions marcheront toutes sur une ligne de bataillon en colonne, à distance de déploiement, ayant leur artillerie dans les intervalles, couvertes par une forte ligne de tirailleurs à un kilomètre au moins en arrière, et résistant le plus longtemps possible à toutes les attaques de l'ennemi. Il est de la plus haute importance que les divisions règlent leurs mouvements les unes sur les autres pour se prêter un mutuel appui, et que l'on maintienne strictement l'ordre dans les bataillons.
Demain soir, les 16ème et 17ème corps se trouveront ainsi établies, faisant face à l'ennemi : de Poisly par Lorges, Ourcelles, Villarceau, jusqu'à Beaugency.
Le grand quartier général à Josnes.
Chaque division devra avoir ses convois et ses réserves en arrière d'elle, à au moins quatre kilomètres.
Le mouvement commencera à 8h du matin par les divisions qui sont à Huisseau, et sur lesquelles les autres se règleront.
Le général commandant des 16ème et 17ème corps marchera de Huisseau sur la Touane, Baccon, Cravant et Josnes.
Chaque commandant de division lui enverra toutes les heures des renseignements sur ce qui se passe, et le soir, à Josnes, des plantons pouvant indiquer la position de chacun des quartiers généraux.
A l'arrivée sur les positions indiquées, les généraux de division reconnaîtront les emplacements les plus favorables pour les batteries, et feront établir des épaulements et des tranchées abris. L'ennemi devant être arrêté sur cette ligne, elle ne doit pas être dépassée dans la retraite.
Chaque général de division prendra les dispositions nécessaires pour qu'aussitôt l'arrivée au bivouac on fasse des distributions de vivres et de fourrages, de façon à être pourvu jusqu'au 7 inclus.
On complètera les cartouches et les approvisionnements des batteries.
Compte-rendu au Ministre de la Guerre
(Chanzy_97)
Baccon, 5 décembre, une heure du soir.
Ne sachant si les dépêches de cette nuit vous sont parvenues, j'envoie celle-ci à Beaugency.
Un premier ordre prescrivait hier de battre en retraite sur Meung avec les 16ème et 17ème corps ; le mouvement était commencé, et le matériel roulant fortement engagé sur cette direction, lorsqu'à une heure m'est parvenu le deuxième ordre me prescrivant de me porter sur Orléans.
J'étais attaqué de Patay à Boulay ; il me fallait replier tous mes avants-postes ; ma cavalerie était aux prises avec celle de l'ennemi ; la 2ème et la 3ème division du 16ème corps étaient repoussées sur Bucy-Saint-Liphard et Meung ; un grand désordre se produisait dans tout le 17ème corps ; la nuit approchait ; je dus venir prendre position avec le reste derrière la forêt de Montpipeau pour protéger les convois et chercher à rallier les diverses colonnes. J'appris à Huisseau que des divisions s'étaient repliées jusqu'à Meung et Villermain. Pour reconstituer les 16ème et 17ème corps, j'ai pris le parti de venir occuper aujourd'hui une ligne s'étendant de Lorges à Beaugency, appuyant ma gauche à la forêt de Marchenoir, et ma droite à la Loire. Je tiendrai sur cette ligne jusqu'à ordre contraire.
Mon quartier général sera ce soir à Josnes, me reliant par des cavaliers avec le télégraphe de Baugency. Beaucoup de désordre à réparer.
Les troupes, décimées par 4 jours de lutte, ayant perdu grand nombre de leurs officiers, sont très fatiguées ; les munitions s'épuisent ; les convois sont à reconstituer.
J'attends des ordres à Josnes.
(Chanzy_104)
Au grand quartier général de Josnes, le 5 décembre 1870.
Une décision du ministre de la guerre en date du 5 décembre investit le général Chanzy du commandement en chef des 16e, 17e et 21e corps et de la défense de Vendôme à Beaugency, par la foret de marchenoir. Jusqu'à ce que les 16e et 17e corps aient réuni tous les éléments qui forment leur divisions , opération qui devra être terminée dans la journée de demain, ils occuperont les positions indiquées dans les instructions du 4, sur la ligne de Beaugency à Poisly, par Ourcelles.
Le 21e corps, aux ordres du général Jaurès, occupe Marchenoir, Saint-Laurent-des-Bois, Ecoman et les débouchés de la forêt, ayant une brigade (colonel Collet) à Morée et la division Gougeard couvrant Vendôme.
Partout , sur toute cette ligne, on devra faire reconnaître des demain matin les positions favorables pour les batteries ; on élèvera des épaulements, on établira des ouvrages pour compléter les défenses et abriter l'infanterie. Il sera rendu compte par une note explicative de toutes les positions occupées et des mesures prises.
La cavalerie devra avoir des avant-postes à au moins deux kilomètres en avant des lignes, et pousser chaque matin des reconnaissances qui battront le pays à dix et quinze kilomètres au delà des avant-postes. Ces reconnaissances seront faites de façon à ne pas fatiguer inutilement la cavalerie ; elles se composeront généralement de pelotons qui s'avanceront à moitié de la distance à parcourir, et détacheront en avant d'eux des groupes d'éclaireurs. Les renseignements qu'elles fourniront seront transmis, sans délai, aux commandants des divisions, qui en informeront les commandants des corps d'armée, lesquels les résumeront dans une note envoyée chaque jour au général en chef.
Chaque corps d'armée enverra demain, au grand-quartier général un état indiquant la situation numérique et l'emplacement de chaque division, les besoins urgents auxquels il y aurait lieu de satisfaire, les vacances dans les grades d'officiers supérieurs et généraux auxquelles il faut pourvoir, avec des propositions à l'appui; la situation des approvisionnements en vivres et en munition ; le nombre et la composition des batteries.
Afin de refaire les hommes et les chevaux des fatigues qu'ils viennent d'éprouver, on cantonnera les régiments dans les villages et les fermes qui se trouvent sur les lignes à occuper en indiquant à chacun un point de réunion en cas d'attaque; on prendra des précautions pour que cette réunion puisse se faire rapidement et sans désordre.
Les grand'gardes devront être sous la tente et les postes avancés bivouaquer sans tente et sans feu. On donnera à chacun de ces avant-postes des consignes exactes ; des rondes d'officiers s'assureront de leur exécution.
Chaque division fera reconnaître dans tous les villages et fermes à proximité de ces cantonnements, les ressources en denrées, bois et fourrages pouvant être utilisées pour l'armée. Des sauvegardes seront placées de façon à éviter tout pillage, et à l'aide de ces renseignements, les intendants feront des réquisitions régulières. Les corps ne devront sous aucun prétexte faire directement ces réquisitions.
On devra immédiatement passer des revues minutieuses de l'armement, des munitions, de l'habillement et du linge et chaussures, de façon à pourvoir à tous les besoins par les moyens les plus rapides, qui seront toujours couverts au besoin par un ordre du général en chef. Il faut que chaque homme ait ses munitions au complet, et les pièces de rechange indispensable au fusil dont il est armé. Pour toutes ces mesures, qui intéressent à un si haut point l'organisation solide de l'armée, les conseils d'administration, les chefs de corps et les généraux doivent se convaincre qu'ils ne pècheront jamais par trop d'initiatives.
Les cantonnements devront être pris de telle façon que les corps se portant sur leurs emplacements de défense, se trouvent toujours sur deux lignes distantes d'au moins mille mètres, en se reliant les uns aux autres, en ménageant de fortes réserves, en poussant immédiatement devant eux une double ligne de tirailleurs les couvrant à bonne distance.
Les batteries en position devront toujours être appuyées et gardées par des détachements d'infanterie, placées derrière des ouvrages disposés un peu en avant des épaulements, à droite et à gauche à une distance telle que les projectiles lancés sur les batteries ne puissent les inquiéter. Dans les dispositions de défense, à part les éclaireurs de cavalerie portés le plus loin possible en avant des tirailleurs d'infanterie, les masses de cavalerie devrant être dissimulées dans des plis de terrain à l'abri des projectiles de l'ennemi.
Le grand quartier général restera demain à Josnes. La brigade Pâris, qui se trouve momentanément à Binas rejoindra demain sa place dans le17e corps, d'après les indications qui lui seront données par le commandant de ce corps. Il y a actuellement à Beaumont et jusqu'à Meung, en avant des positions occupées par la droite du 17e corps et les divisions du 16e, des détachements de la colonne du général Camô, momentanément à Beaugency. Les positions occupées par ces troupes devront être reconnues afin d' éviter toute méprise.
Les francs-tireurs aux ordres du lieutenant-colonel Lipowski, iront occuper demain les débouchés de la forêt de Marchenoir, de Poisly à Saint-Laurent-des-Bois, surveilleront la route du Comte qui débouche sur les Boëches, et établiront un poste à la ferme du Bois-d'Enfer, poussant leurs éclaireurs jusqu'à Villesiclaire.
Les éclaireurs algériens du capitaine Laroque se porteront à Cravant et éclaireront tout le pays en avant des positions du 16e et du 17e corps.
Le capitaine Bernard, avec son escadron, se portera en soutien à Cernay, se reliant avec Cravant et Ourcelles.
Dix spahis, commandés par un maréchal des logis, seront envoyés au grand quartier général.
Le général Jaurès indiquera au général en chef les corps de francs-tireurs sous ses ordres, et les positions qu'ils occupent. Le lieutenant-colonel Lipowski relèvera directement de lui jusqu'à nouvel ordre.
Il s'est produit dans ces derniers jours des désordres qu'il faut faire cesser immédiatement. La discipline devra être maintenue rigoureusement ; les hommes qui se rendraient coupables d'infractions, seront sur-le-champ traduits devant les cours martiales.
Le général en chef a remarqué un très grand nombre d'hommes aux convois : on ne maintiendra que ceux qui y ont régulièrement leur place, en réduisant autant que possible le nombre des non combattants. Tous les hommes qui ne se justifieront point la perte de leurs armes et munitions par des motifs constaté et de force majeure seront traduits devant les cours martiales. On signalera de suite, et par les moyens ordinaires, les absents soupçonnés de désertion.
Chaque commandant de corps installera des postes de cavalerie, de relais, pour assurer ces communications rapides avec le commandant en chef.
L'armée se trouvera ainsi répartie :21e corps : à Morée, Ecoman, Saint-Laurent-des-Bois, Marchenoir ;
Cavalerie du 16e corps : à Poisly ;
1e division d'infanterie du 16e corps : à Lorges ;
3e division d'infanterie du 17e corps : au Plessis, Prenay et la Cocardière ;
2e division d'infanterie du 17e corps : à Ourcelles, Villejouan et Origny ;
1e division d'infanterie du 17e corps : de Villemarceau jusqu'à Loynes ;
Cavalerie du 17e corps : à Clos-Moussu et Boygnes ;
3e division du 16e corps : à Garambaud, par Pierre-Couverte et le Grand-Bonvalet ;
2e division d'infanterie du 16e corps : à Beaugency.
Colonne mobile de Tours (général Câmo).
Infanterie.
16e bataillon de chasseurs à pied de marche : au Mée, route de Châteaudun ;
Régiment de marche de gendarmerie à pied : à Meung ;
59e régiment de marche : à Beaumont ;
27e régiment de mobiles (Isère) et 88e régiment de mobiles (Indre et Loire) : à Massé, route de Châteaudun ;
Franc-éclaireurs de l'armée, capitaine Bonet : avec le 59e de marche ;
Francs-tireurs de l'Ain : avec le 27e mobiles.
Cavalerie.
4e lanciers de marche : aux Monts .
3e hussards de marche : aux Monts .
2e chasseurs de marche : à Beaumont.
7e cuirassiers de marche: à Beaumont.
1e régiment de gendarmerie à cheval : à Beaumont.
Artillerie.
23e batterie du 7e. 22e batterie du 8e. 23e batterie du 10e. 21e batterie du 15e. 17e batterie du 18e. réparties sur le front des positions au points les plus favorables pour la défense.
Instructions du 6 décembre
(Chanzy_120)
Au grand quartier général de Josnes, le 6 décembre 1870.
Par décision du ministre de la guerre, en date de ce jour, le contre-amiral Jauréguiberry est nommé au commandement du 16e corps; le général de Colomb à celui du 17e corps; les 16e, 17e et 21e corps forment l'armée sous le commandement du général Chanzy, aux ordres duquel la division Camô reste provisoirement.
En conséquence, l'amiral Jauréguiberry prendra immédiatement le commandement du 16e corps; l'état- major sera constitué ultérieurement.
Aujourd'hui, l'ennemi a fait une démonstration sur Meung une colonne, composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, a été signalée à Mézières, en avant de Villermain. Des cavaliers prussiens longeant la rive gauche de la Loire se sont montrés en avant de Saint-Laurent-des-Eaux, point occupé par les francs-tireurs du commandant de Foudras, et 3 ou 400 hommes échappés d'Orléans et recueillis par lui.
Les éclaireurs algériens, en position à Cravant, n'ont rien signalé sur le front de l'armée. D'après des renseignements venus de Châteaudun, une colonne ennemie aurait été en vue aujourd'hui à Marboué prenant la direction d'Orléans; enfin les appréhensions d'une attaque sur Vendôme par Montdoubleau paraissent dissipées.
Il est donc important de faire sur toute la ligne, demain matin au jour, des reconnaissances poussées au loin, et de s'assurer des positions de l'ennemi et de sa force. Jusqu'à la rentrée de ces reconnaissances, toutes les troupes, prenant les armes au jour, devront être réunies sur leurs emplacements de défense, et les batteries en position. Les lignes seront couvertes par un rideau de tirailleurs poussé à bonne distance. Les voitures seront attelées et engagées sur les directions qu'elles auraient à prendre pour se porter en arrière le plus rapidement possible, si le combat s'engageait. Les convois se dirigeront dans ce but :
Ceux de la cavalerie du 16e corps, sur Roches;
Ceux de fa division d'infanterie du 21e corps qui est à Lorges, sur la route qui débouche à Marchenoir en traversant la forêt;
Ceux des trois divisions du 17e corps, par Villemuzard sur Talcy, et par Josnes sur Concriers;
Ceux du quartier général, sur Seris par Izy;
Ceux de la cavalerie du 17e corps, sur Luçay;
Ceux des 1e et 2e divisions d'infanterie du 16e corps, par les routes parallèles au chemin de fer, de Beaugency, sur Mer.
Chaque commandant de division indiquera à ses convois le point où ils devront s'arrêter avant de continuer leur mouvement de retraite, de façon à ce qu'ils puissent rétrograder promptement si nous conservons nos emplacements.
Il est de toute nécessité de tenir sur les positions occupées aujourd'hui ; l'armée est nombreuse entre Poisly et Beaugency, et les démonstrations de l'ennemi ne peuvent être faites qu'avec des forces inférieures.
Dans le cas d'un mouvement forcé en arrière, la retraite ne devrait s'effectuer que lentement, les divisions s'appuyant mutuellement; on s'établirait le soir sur la ligne partant de Poisly et aboutissant en avant de Mer, par Lorges et Seris.
La division Collin du 21e corps, quittant Saint-Laurent-des-Bois, devra occuper avant le jour Poisly et Lorges, ayant sur chacun de ces points une brigade; le général Jaurès s'assurera que la trouée de Saint-Laurent-des-Bois et les débouchés des avenues de la forêt sont occupés par des forces suffisantes pour en empêcher l'accès à l'ennemi.
Si une attaque avait lieu sur Poisly et Lorges, le général Jaurès se porterait, avec ses réserves, de Marchenoir à la Motte-Patain, où il établirait ses batteries.
Dans le cas d'une attaque sur l'aile droite, les 1e et 2e divisions du 16e corps serviraient de réserve à la division Camô, qui occupe les positions en avant de Beaugency.
Demain, dès le matin, la division Maurandy rétrogradera sur Blois avec son artillerie, et ira occuper, sur la rive gauche de la Loire, le parc de Chambord et les positions défensives qui ont été préparées pour couvrir les routes de cette rive. Il prendra auprès du général Michaud, qui commande à Blois, tous les renseignements nécessaires, et se mettra en communication avec les francs-tireurs du commandant de Foudras, établis à Saint-Laurent-des-Eaux. 123 Dans cette position, le général Maurandy reconstituera le plus promptement possible sa division, et profitera de sa proximité de Blois et de Tours pour outiller et vêtir ses troupes; il restera sous le commandement direct du commandant du 16e corps.
Le grand quartier général de l'armée restera demain à Josnes, qui est relié par un fil télégraphique avec Lorges, où une station est établie, Marchenoir, Beaugency, Mer, Vendôme et Blois.
Chaque commandant de corps d'armée hâtera le plus possible l'envoi des rapports demandés sur les dernières affaires, des états de pertes et des états d'effectif avec indications des besoins en personnel, matériel, artillerie, munitions et vivres, auxquels il est urgent de pourvoir, pour hâter la réorganisation complète des trois corps d'armée.
Les commandants d'artillerie et du génie et les intendants de chaque corps devront établir une situation exacte de leurs services, situations qui seront envoyées au général en chef revêtues des annotations des commandants des corps.
Le fil télégraphique qui relie Lorges à Josnes étant à terre, la 3e division du 17e corps et la division Collin placeront, à une distance de trois ou quatre cents mètres les uns des autres, des factionnaires pour en assurer la conservation.
Compte rendu au ministre de la guerre - 7 décembre
1870
(Chanzy_127)
Nous avons été attaqués aujourd'hui sur toute la ligne depuis
Meung jusqu'à Saint-Laurent-des-Bois. L'effort principal de l'ennemi était sur
Beaugency. La colonne mobile de Tours, la 1e division du 16e corps et la 1e
du 17e, ont été sérieusement engagées. Nous avions affaire à une artillerie
nombreuse, évaluée, d'après les prisonniers, à 86 pièces ayant pris part à l'action,
et soutenue par des réserves. Les forces ennemies engagées comptaient deux divisions
bavaroises et une division prussienne, plus de 2,000 chevaux, ayant en arrière
des forces considérables. C'était l'armée du prince Charles avec le grand-duc
de Mecklembourg.
L'ennemi a été repoussé jusqu'au delà du Grand-Châtre, et nous couchons sur
nos positions de ce matin.
Les prisonniers (200 environ) avouent des pertes consi 119rouge dérables de
leur côté, du fait de notre mousqueterie, tout en constatant que notre artillerie
a eu un grand effet sur la leur.
La bataille s'étant prolongée jusqu'à la nuit close, je ne connais pas encore
nos pertes; j'espère qu'elles seront peu importantes. Notre armée a opéré avec
ordre et avec calme. Il se peut que nous soyons attaques demain; je compte que
nous nous en tirerons comme aujourd'hui. Le général de division Stéphann de
la 1e division d'infanterie de la garde bavaroise, a été blessé d'une balle
dans le bras et d'un éclat d'obus à la jambe.
En avant de Saint-Laurent-des-Bois, l'ennemi a été repoussé de Marolles par
les troupes du général Jaurès. Je suis rentré à huit heures du soir à Josnes.
Instructions du 7 décembre
(Chanzy_119r)
Josnes, le 7décembre 1870.
L'ennemi, parti ce matin des positions qu'il occupe depuis la Chapelle, par Baccon, jusqu'aux environs d'Ouzouer-le-Marché, a essayé une attaque générale de nos lignes; l'effort principal s'est produit le long de la Loire sur les positions occupées par nous, en avant de Beaugency, tandis que deux démonstrations se faisaient 120rouge à notre gauche, l'une sur Villermain, l'autre sur Saint-Laurent-des-Bois, par le village de Marolles. Nous avions affaire à l'armée du prince Charles, qui a mis en ligne 86 pièces de canon, d'après le rapport des prisonniers. Les dispositions pour résister à ces attaques ont été prises partout avec beaucoup d'ordre; les divisions engagées ont fait preuve de calme et d'entrain; notre artillerie s'est montrée supérieure à celle de l'ennemi. Cette journée prouve ce qu'on peut avec de la confiance, et fait oublier les mauvais moments de nos dernières affaires.
Le général en chef est heureux de pouvoir adresser à tous des félicitations. Nous avons maintenu notre ligne, qu'il est si important de conserver; après avoir repoussé partout l'ennemi qui nous attaquait, nous couchons sur nos positions. Que chacun s'inspire de ce succès, y puise la confiance, et la conviction que quelques jours de ténacité nous ramèneront les bonnes chances que nous avalent données nos premiers succès.
Au dire des prisonniers, l'ennemi a fait de grandes pertes le général bavarois Stéphann, commandant la 1e division d'infanterie de la garde, a été grièvement blessé.
Cette première partie des instructions sera lue demain matin, dans chaque régiment ou corps, aux troupes assemblées.
Il est probable que l'ennemi tentera demain un nouvel effort sur nos lignes. Au jour, la cavalerie des 16e et 17e corps et les éclaireurs algériens pousseront des reconnaissances dans les conditions indiquées aux instructions d'hier, pour reconnaître la force et les emplacements de l'ennemi, et pour signaler tous les mouvements qu'il pourrait exécuter.
Toutes les troupes se tiendront prêtes à prendre rapidement les armes, et à s'établir sur les positions qu'elles occupaient aujourd'hui on ne doit pas craindre de porter les bataillons en avant, tout en les dissimulant aux feux de l'artillerie ennemie les obus ne sont dangereux que pour ceux qui sont en arrière des batteries; les réserves seules doivent être tenues hors de la portée des projectiles ennemis. Si une batterie ou une réserve d'artillerie doit faire un mouvement de retraite, il est essentiel qu'elle ne l'exécute qu'à une allure très modérée en se retirant aux allures vives, elle porte le trouble dans l'infanterie, qui ne s'explique pas ce mouvement.
Même recommandation est faite à la cavalerie.
On devra continuer demain au jour les distributions de vivres qui n'auraient pu être faites ce soir, de façon à assurer aux hommes les deux jours de vivres de réserve qu'ils doivent avoir dans le sac, et au moins un jour de consommation. On remplacera également, dès le matin, les munitions brûlées dans la journée (artillerie, infanterie).
On prendra pour les convois et les parcs les dispositions prescrites aux instructions d'hier.
Les commandants des corps d'armée se tiendront en communication incessante avec le général en chef, qui, en quittant Josnes pour se porter sur le lieu du combat, y laissera l'indication de la direction qu'il aura prise.
Demain au jour, la division Camô fera réoccuper les positions, de Messas à la Loire; les éclaireurs algériens se porteront à Cravant, si ce village n'est pas gardé par l'ennemi; la division de cavalerie du 17e corps les fera appuyer par deux escadrons qu'elle placera à Cernay, a où doit se trouver déjà un avant-poste de la 2e division du 17e corps.
Le général Jaurès fera occuper Autainville par un bataillon et une batterie d'artillerie.
Le général Michel maintiendra un avant-poste de cavalerie à Villermain et poussera des reconnaissances jus-qu'a Binas et Ouzouer-le-Marché. Si l'ennemi attaque de nouveau l'aile droite, l'amiral Jauréguiberry, commandant en chef le 16e corps, dont le quartier général est à Villorceau, aura sous son commandement direct les 1e et 2e divisions du 16e corps, la 1e division du 17e et la colonne mobile de Tours aux ordres du général Camô.
Le ministre réclame d'urgence, les états de pertes (numériques pour la troupe et nominatifs pour les officiers) par suite des combats qui se sont livrés depuis le 1e décembre. Il importe que ces renseignements parviennent au général en chef demain avant midi, et qu'ils soient aussi approximatifs que possible.
Il est recommandé de ne faire aucune sonnerie la nuit, de n'en user le jour que dans les cas indispensables, et de dissimuler les feux des cuisines derrière des épaulements, des murs ou des fossés de route, pour les cacher aux vues de l'ennemi.
Pendant le combat, chaque division placera en arrière des lignes des cavaliers chargés d'arrêter les fuyards et de les amener au quartier général de la division, où des mesures seront prises pour qu'ils soient traduits devant des cours martiales. Il faut faire cesser à tout prix ces paniques que rien ne justifie et qui sont la seule cause de nos insuccès.
Instructions du 8 décembre
(Chanzy_133r)
Au grand quartier général de Josnes, le 8 décembre 1870.
L'ennemi a tenté aujourd'hui de nous déloger de nos positions. Il a attaqué successivement à Saint-Laurent- dès-Bois, en avant de Poisly, sur Cravant, et en avant de Villorceau. D'après les renseignements fournis par les prisonniers, toute l'armée ennemie aux ordres du prince Charles a été engagée, avec une nombreuse, artillerie. Nous avons soutenu partout cet effort avec beaucoup de vigueur et d'ordre, et nous sommes restés maîtres de nos positions après avoir fait subir à l'ennemi des pertes considérables. Il faut que tous s'inspirent de ce nouveau succès et y puisent la confiance; nous devons conserver nos positions et résister encore si les Allemands font un nouvel effort demain.
La position est la suivante :
A l'aile gauche, de Poisly à Lorges, la division de cavalerie du 16e corps et la 2e division du 21e, soutenues par les réserves que le général Jaurès a envoyées de Marchenoir de Prenay à Villemarceau, par Ourcelles, les trois divisions d'infanterie du 17e corps; la cavalerie au clos Moussu; la 1e division du 16e corps à Villorceau; les troupes aux ordres du général Camô, du ravin de Vernon au Grand-Bonvalet, par Pierre-Couverte.
Si l'ennemi attaque demain, on prendra les mêmes mesures que celles prescrites pour hier et aujourd'hui, en ce qui concerne la disposition des troupes et la direction à donner aux convois, afin de les éloigner de tout danger et d'éviter qu'ils ne gênent les mouvements. Chaque commandant de division devra indiquer exactement à ses voitures la direction qu'elles devront prendre et le point sur lequel elles devront s'arrêter pour attendre de nouveaux ordres, en déterminant ces directions de retraite d'après les instructions qui ont été données pour le cas où l'armée aurait à se replier. Chaque commandant de corps d'armée établira ses réserves d'artillerie de façon à les avoir sous la main sans les compromettre, et à assurer rapidement le réapprovisionnement des corps et des batteries en munitions.
La cavalerie devra être placée de façon à pouvoir profiter de toutes les occasions pour tomber sur l'ennemi. C'est aux généraux qui la commandent à apprécier le moment opportun de donner; ils ne doivent pas hésiter à l'engager à fond : une action rapide de cette arme, lorsque la ligne ennemie est ébranlée par le feu de l'artillerie et de l'infanterie, pouvant décider du succès et assurer de grands résultats.
On fera demain au jour, sur toute la ligne, des reconnaissances pour s'assurer des emplacements de l'ennemi, de sa force et de ses dispositions. On ne doit engager les troupes que successivement, en préparant leurs efforts par le feu de l'artillerie, et en se ménageant jusqu'au dernier moment des réserves suffisantes.
Le général en chef a prescrit, une distribution d'eau-de-vie à toutes les troupes engagées aujourd'hui. S'il y a à combattre demain, on prendra à l'avance des mesures pour qu'une nouvelle distribution ait lieu à la rentrée dans les bivouacs.
On devra compléter, autant que possible, demain avant huit heures, les munitions des batteries et de la troupe. Le général commandant l'artillerie prendra ses dispositions en conséquence. Il importe également que les vivres soient assurés et que les distributions aient lieu, soit cette nuit, soit demain dès le matin.
(...)
Les commandants des corps d'armée enverront au général en chef, dès demain, un état indiquant les vacances existant en officiers généraux, chefs de corps et officiers supérieurs, en proposant en regard les candidats qu'ils présentent pour remplir ces vacances. Le général en chef autorisera l'entrée en fonctions immédiate, les nominations devant être régularisées plus tard par le ministre.
Rien n'est changé aux dispositions prises par le général Jaurès pour l'occupation des débouchés de la forêt de Marchenoir, qui devront être surveillés avec soin et défendus avec vigueur, si l'ennemi se présente de ce côté.
Le général en chef rappelle aux commandants de corps d'armée que, pendant le combat, ils doivent le renseigner fréquemment sur leurs positions et la façon dont les choses se passent de leur côté.
Lettre au ministre de la guerre du
2 janvier 1871
Au grand quartier général du Mans, le 2 janvier 1871.
Monsieur le Ministre,
Vous savez combien, en arrivant ici, la 2e armée avait besoin de se refaire. Nous avons mis le temps à profit, et dans quelques jours je compte être en mesure de marcher. J'ai voulu, avant de traiter avec vous la question des opérations à entreprendre, examiner ce que l'ennemi allait faire à la suite des derniers événements sur la Loire, attendre ce qu'allait produire le mouvement de la 1re armée, et arriver à connaître la répartition des forces dont nous disposons encore, et l'aide qu'elles pourraient donner à une entreprise d'autant plus sérieuse qu'elle peut être un coup décisif pour la grande cause qu'il s'agit de sauver.
Il ne faut pas se le dissimuler, le moment d'agir est arrivé; la résistance de Paris a une limite que vous connaissez, le temps presse et le grand effort qu'il s'agit de faire n'aura de résultat certain que si toutes nos forces y concourent simultanément, d'après un plan bien arrêté, et par des opérations vigoureusement menées. Je n'ai malheureusement pas, quoi que j'aie pu faire, tous les renseignements qui me seraient nécessaires pour combiner ce plan. J'ignore où en est la 1re armée, quel est son objectif réel, quelle est la marche qu'elle compte suivre ; je ne sais rien de la situation dans le Nord, des projets du général Faidherbe, des obstacles qu'il a à surmonter. Je n'ai que de très vagues renseignements sur la composition des forces en Bretagne et au camp de Cherbourg, sur le rôle qu'elles sont appelées a jouer, et sur leur état au point de vue de ce qu'on peut en tirer quant à présent.
Quoi qu'il en soit, il est urgent de prendre un parti. Je m'inspire, pour celui que je propose, de la situation telle qu'elle ressort a mes yeux des données plus ou moins exactes que me fournissent les faits autour de moi et les détails que j'ai pu me procurer.
La situation me parait être celle-ci :
Autour de Paris, une armée puissante qui résiste à tous les efforts faits pour rompre l'investissement; dans le Nord, le général de Manteuffel assez fort pour menacer le Havre, tout en tenant en échec les troupes du général Faidherbe; dans l'Est, les forces ennemies disséminées de Paris au Rhin pour couvrir les lignes d'opérations des Allemands, avec des groupes assez considérables pour maintenir les forces que nous pouvons avoir sur la rive gauche de la Saône, et opposer une résistance à la marche de la 1re armée; dans le Sud, l'ennemi occupant fortement Orléans, et encore assez nombreux dans la vallée de la Loire, de Blois à Gien, pour être une menace sur Bourges, sur Tours et sur Nevers, et pour nous préoccuper sur la Loire et du côté du Mans si nous venions à quitter ces positions sans y laisser une force capable de les défendre; dans l'Ouest, une armée prussienne comprenant qu'un effort doit être fait par nous vers Paris, et s'établissant fortement, pour y parer, sur la ligne de l'Eure, tout en battant le pays autour de Chartres pour maintenir ses communications avec celles de la Loire. Disposé comme il l'est, l'ennemi cherche évidemment à. se présenter successivement, et en forces, devant chacune de nos armées; il manœuvre très habilement. Nous sommes généralement peu exactement renseignés sur ses grands mouvements, qu'il cache avec beaucoup d'art par des rideaux de troupes, et le seul moyen de déjouer des combinaisons qui lui ont si souvent réussi jusqu'ici est de le menacer à notre tour sur tous les points à la fois, le forçant ainsi à faire face de tous les côtés, et à ne plus présenter sur un point des masses avec lesquelles il cherche à nous écraser partiellement.
Il me paraît indispensable que la 1re , la 2e armée et celle aux ordres du général Faidherbe se mettent en marche en même temps; la 2e armée, du Mans, pour venir s'établir sur l'Eure, entre Evreux et Chartres, couvrant sa base et ses lignes d'opération qui sont la Bretagne et les lignes ferrées d'Alençon à Dreux et du Mans à Chartres; la 1e armée, de Châtillon-sur-Seine, pour venir s'établir entre la Marne et la Seine, de Nogent à Château-Thierry, prenant sa base et ses lignes d'opération sur la Bourgogne, la Seine, l'Aube et la Marne; l'armée du Nord, d'Arras, pour venir s'établir de Compiègne à Beauvais, avec sa base d'opération sur les places du Nord, et sa ligne principale par le chemin de fer de Paris à Lille.
Outre ces trois opérations principales, et pour y concourir, les forces de Cherbourg s'avanceraient, le long du chemin de fer de Caen, jusque sur la gauche de la 2e armée. ayant toujours leurs lignes de retraite assurées sur Carentan.
Les forces réunies en Bretagne et sur le cours inférieur de la Loire, occupant fortement la Sarthe, d'Alençon au Mans, et le Perche jusqu'au Loir, pour assurer les derrières de la 2e armée. Les corps francs de Cathelineau, Lipowski, en arrière du Loir et de Châteaudun, pour couvrir l'aile droite de cette même armée et observer les troupes ennemies de la vallée de la Loire ; le 15e corps, sans découvrir Bourges, entre le Cher et la Loire, pour tenir en échec, en menaçant successivement Blois, Orléans et Gien, le corps ennemi sur la Loire, et dans le cas où l'ennemi se replierait, se portant résolument sur Étampes.
Enfin l'armée de Lyon, remplacée sur ses positions actuelles parce qu'on peut tirer du Midi, tenant en échec, avec les forces de Garibaldi et les corps qui se trouvent dans l'Est, l'armée de Werder.
Nos trois principales armées une fois sur les positions indiquées, se mettre en communication avec Paris et combiner dès lors les efforts de chaque jour pour se rapprocher de l'objectif commun, avec des sorties vigoureuses de l'armée de Paris, de façon à obliger les troupes ennemies d'investissement à se maintenir tout entières dans leurs lignes. Le résultat sera dès lors dans le succès d'une des attaques extérieures, et si ce succès est obtenu, si l'investissement peut être rompu sur un point, un ravitaillement de Paris peut devenir possible, l'ennemi peut être refoulé et contraint d'abandonner une partie de ses lignes, et de nouveaux efforts, combinés entre les armées de l'extérieur et de l'intérieur, peuvent, dans la lutte suprême, aboutir à la délivrance.
Je viens d'exposer mes idées au point de vue de l'ensemble des opérations ; il me reste à indiquer la marche de l'armée que je commande. II faut, avec les troupes qui la composent, et en présence des forces qui nous sont opposées, marcher lentement ; les corps toujours prêts à combattre et assez rapprochés les uns des autres pour se prêter un mutuel appui, sans accepter les combats partiels que l'ennemi, en manœuvrant, pourrait tenter sur un point de la ligne.
C'est grâce à cet ordre de marche et de bataille que la 2e armée a pu opérer sa retraite le long de la Loire et sur le Mans, combattre, sans être entamée, successivement sur les lignes prises par elle à Josnes et à Vendôme, et présenter ainsi à l'ennemi des forces capables de lui résister. Il faut, du Mans à Chartres, huit jours. Le but, après cette première marche, serait de s'établir sur l'Eure en attaquant les lignes ennemies dans les parties reconnues les plus faibles, tournant Chartres qui est un des principaux points de résistance, si cela est nécessaire, et cherchant, si le succès le permet, à couper l'ennemi sur ses lignes de retraite sur Etampes ou au delà de l'Eure.
Si ce plan est adopté, je puis l'entreprendre, pour ce qui me concerne, dès que le moment sera fixé (et j'insiste pour que ce soit aussitôt que possible), avec 120,000 hommes, sans compter les différentes troupes que je laisserai, conjointement avec celles tirées de Bretagne, sur les positions que je quitte et qu'il est indispensable de protéger et de conserver.
Il me tarde d'être fixé et d'agir. En attendant, je fais tâter l'ennemi dans toutes les directions sur le Loir et sur l'Huisne, menaçant à la fois Vendôme et par suite Blois et Orléans, et Chartres par Nogent, par des démonstrations sur Châteaudun.
Telles sont, Monsieur le Ministre, les propositions que j'ai l'honneur de vous soumettre. Nous ferons tous notre devoir, et j'ai confiance dans le succès, si nous le cherchons non plus dans des opérations décousues qui nous ont été si fatales jusqu'ici, mais dans un plan définitivement arrêté et rigoureusement suivi.
Veuillez agréer, etc.Le Général en chef,
signé: CHANZY.
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